Une période d’incertitude législative
La suspension partielle de la réforme des retraites marque un tournant significatif pour les salariés comme pour les entreprises. Adoptée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, elle ouvre une période d’incertitude politique et sociale qui pourrait se prolonger jusqu’à l’élection présidentielle de 2027.
Cette « pause » interroge directement les politiques de gestion des fins de carrière, les accords collectifs existants et, plus largement, la capacité des entreprises à sécuriser les parcours professionnels dans un cadre réglementaire instable.
Une suspension partielle aux contours précis mais temporaires
La suspension votée dans le cadre de la LFSS 2026 gèle l’application de la réforme Borne, notamment le relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite et de la durée de cotisation nécessaires pour obtenir le taux plein.
À compter du 1er septembre 2026, l’âge légal minimum serait ainsi figé à 62 ans et 9 mois, avec une durée d’assurance fixée à 170 trimestres, et ce jusqu’au 1er janvier 2028.
Au-delà de cette date, la réforme Borne pourrait théoriquement reprendre son cours, même si les incertitudes liées à l’élection présidentielle de 2027 pèsent déjà sur cette perspective.
Cette suspension concerne principalement les personnes nées entre le 1er janvier 1964 et le 31 mars 1965. Sans ce gel temporaire, ces salariés auraient dû poursuivre leur activité jusqu’à 63 ans et 3 mois et cotiser 172 trimestres, hors dispositifs spécifiques (carrières longues, majorations pour enfants, etc.).
Selon les estimations communiquées par l’Assurance retraite, environ 64 000 personnes pourraient bénéficier d’un départ anticipé en 2026, dont 10 000 à 15 000 au titre des carrières longues, sur un total d’environ 854 000 départs à la retraite attendus cette année-là.
Des impacts directs sur les politiques RH et un besoin renforcé de dialogue social
Pour les entreprises, cette suspension partielle ne constitue pas une simple parenthèse juridique. Elle vient bousculer les politiques de gestion prévisionnelle des emplois, des compétences et des parcours professionnels (GPEC / GEPP) négociées et déployées ces dernières années.
La gestion des fins de carrière, le recours aux dispositifs de transition entre emploi et retraite, ainsi que les politiques seniors doivent être réinterrogés à l’aune de ce nouveau calendrier.
Dans ce contexte incertain, le besoin de communication et de concertation interne se trouve renforcé afin de prévenir incompréhensions et tensions entre employeurs et salariés.
Selon les situations rencontrées, il peut s’avérer nécessaire d’adapter ou de renégocier certains accords collectifs, notamment ceux relatifs aux dispositifs seniors ou aux transitions professionnelles, afin de les aligner sur le cadre légal en vigueur et d’éviter toute zone d’incertitude.
Une étape clé pour le dialogue social
La suspension partielle s’accompagne de règles spécifiques applicables à certaines générations ou catégories de salariés. Leur prise en compte rigoureuse dans les accords collectifs et les politiques RH est indispensable, notamment pour prévenir les pertes de compétences et sécuriser les parcours professionnels.
En définitive, cette suspension oblige les partenaires sociaux à renforcer leurs actions et constitue une étape clé pour le dialogue social, en offrant l’opportunité de recentrer les échanges sur des mesures concrètes de protection sociale adaptées aux réalités de terrain.
Plus qu’un simple ajustement réglementaire, la suspension partielle de la réforme des retraites agit comme un révélateur : elle met en lumière la nécessité d’un dialogue social structuré, anticipé et capable de s’adapter à l’incertitude
Article co-écrit par
Céline Collot
Experte Dialogue social
Laurent d'Auria
Expert Dialogue social
&
Céline Collot
Experte Dialogue social
&
Laurent d'Auria
Expert Dialogue social
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